Un réseau francophone en pleine relance

Créé en 1996 à Ouagadougou (Burkina Faso), le RESHAOC est né de la volonté de briser l’isolement des directeurs d’hôpitaux francophones confrontés à des défis similaires. Basé à Cotonou (Bénin), il fédère aujourd’hui 175 établissements dans 19 pays d’Afrique, de l’océan Indien et des Caraïbes

« Nous ne naviguons plus à vue, explique le Pr Dieu-Donné Gnonlonfoun. Grâce à l’appui du PRPH4 et d’Expertise France, nous disposons désormais d’une vision claire, partagée et réaliste pour les années à venir. »

Ce plan stratégique 2025–2029 fixe trois grande priorités :

  • renforcer la gouvernance et la structuration du réseau ;
  • améliorer la qualité et la sécurité des soins dans les hôpitaux membres ;
  • consolider les financements et la durabilité du modèle.

Gouvernance, qualité, financement : trois leviers pour l’avenir

Le premier levier, celui de la gouvernance, vise à rendre les instances du réseau pleinement fonctionnelles et à renforcer sa présence dans les pays membres. Le RESHAOC s’appuie pour cela sur ses points focaux nationaux, véritables chevilles ouvrières du dispositif. « Chaque point focal coordonne la coopération avec les hôpitaux de son pays, collecte les cotisations, remonte les bonnes pratiques et diffuse les informations. Ils sont essentiels à la vitalité du réseau », souligne le secrétaire exécutif. Cette relance passe aussi par une communication structurée et multicanale, destinée à accroître la visibilité et l’influence du réseau dans l’espace francophone.

Le deuxième axe, cœur du plan stratégique, porte sur la qualité des soins et la sécurité des patients. Le RESHAOC ambitionne de devenir, à moyen terme, un organisme africain de labellisation hospitalière, capable de définir et de faire appliquer des standards communs entre établissements membres. « D’ici deux à trois ans, nous voulons disposer d’un référentiel africain unique de qualité et de sécurité, applicable à l’ensemble des hôpitaux du réseau. Notre ambition est de pouvoir, à terme, délivrer un véritable label de qualité, » explique le Pr Gnonlonfoun. Ce référentiel servira d’outil commun pour mesurer les progrès, harmoniser les pratiques et renforcer la culture de la qualité au sein des établissements. Le réseau mise aussi sur la formation et la numérisation des outils de suivi pour soutenir la montée en compétence des équipes.

Le troisième axe concerne la diversification des financements et la valorisation des expertises internes. « Le nerf de la guerre, c’est l’argent, mais aussi la compétence. Nous devons être capables de démontrer notre valeur ajoutée pour attirer des partenariats durables. » Pour accompagner cette montée en puissance, Expertise France apporte un appui financier destiné à renforcer le secrétariat exécutif, à structurer la communication du réseau, à mobiliser des prestataires spécialisés et à appuyer la mise en œuvre du plan stratégique.

Une coopération hospitalière structurée et dynamique

Le RESHAOC repose sur une architecture simple mais efficace : une présidence tournante tous les deux ans, qui incarne la gouvernance politique du réseau, et un secrétariat exécutif permanent, basé au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou (Bénin), garant de la continuité opérationnelle.

Sur le terrain, la vie du réseau s’appuie sur les points focaux nationaux, véritables relais dans chaque pays. Ils coordonnent les activités locales, mobilisent les hôpitaux membres, collectent les cotisations et remontent les bonnes pratiques vers le secrétariat exécutif.

« Pendant longtemps, nos hôpitaux travaillaient en silos. Le RESHAOC a permis de créer des ponts, de partager les réussites et d’apprendre les uns des autres. C’est cette logique de diffusion qui fait aujourd’hui notre force », souligne le Pr Gnonlonfoun.

Pour consolider cette dynamique, des missions de remobilisation sont prévues dans plusieurs pays, notamment au Gabon, au Tchad, en Mauritanie et en Côte d’Ivoire, afin de réactiver les points focaux inactifs et d’impliquer à nouveau les établissements membres. Ces missions visent à faire du RESHAOC un réseau pleinement panafricain, fondé sur la circulation des savoirs et des compétences.

Prochaine étape symbolique de cette trajectoire : les 13e Rencontres hospitalières du RESHAOC, qui se tiendront à Libreville (Gabon) en juin 2026, sous présidence gabonaise — un moment fort d’échanges, de formation et de projection collective.

Maintenance, numérique, télémédecine : les trois défis de demain

Invité aux Journées de la coopération hospitalière internationale, qui se sont tenues les 13 et 14 novembre 2025 à Paris, le Pr Dieu-Donné Gnonlonfoun a porté la voix du RESHAOC autour de trois priorités vitales pour les hôpitaux africains : la maintenance hospitalière, la santé numérique et la télémédecine.

« En Afrique, un appareil en panne peut arrêter toute une chaîne de soins, rappelle-t-il. Sans maintenance efficace ni pièces de rechange accessibles, c’est la qualité des soins qui s’effondre. » Le constat est sans appel : les équipements médicaux, parfois de dernière génération, tombent en désuétude faute de suivi technique. Les délais d’approvisionnement en pièces détachées, souvent importées et onéreuses, peuvent paralyser un service pendant plusieurs mois. Le RESHAOC plaide pour des solutions locales et mutualisées, fondées sur la formation, la maintenance préventive et la création de filières régionales de réparation.

Sur le plan numérique, le défi est tout aussi crucial. L’absence de systèmes d’information hospitaliers performants limite la coordination des soins et retarde la prise de décision. « Un bon dossier patient informatisé, un système d’alerte fiable, c’est du temps gagné et des vies sauvées. L’investissement numérique doit devenir une évidence pour nos décideurs », insiste le Pr Gnonlonfoun. Au-delà de la modernisation des outils, il s’agit de bâtir une culture de la donnée en santé, garante de traçabilité, d’efficacité et de transparence.

Enfin, la télémédecine offre une réponse concrète à la rareté des spécialistes, notamment dans les zones rurales, et contribue à rendre l’accès aux soins plus équitable. « Je suis neurologue. Si, à 50 kilomètres de mon service, un patient victime d’un AVC peut être pris en charge grâce à la téléconsultation, c’est une vie de plus sauvée. » Déjà expérimentée dans plusieurs pays membres, cette approche permet de connecter les compétences, de réduire les délais d’intervention et de renforcer la qualité des diagnostics.

Ces transformations techniques sont indissociables d’une transformation culturelle : celle d’un hôpital africain connecté, solidaire et orienté vers les résultats.

Vers un modèle africain crédible et durable

Avec ce plan 2025–2029, le RESHAOC amorce une transformation de fond : passer d’une logique de coordination à une logique d’impact mesurable, sur la gouvernance, la qualité des soins et la formation des équipes. L’objectif est clair : faire du réseau non plus seulement une plateforme d’échange, mais un acteur structurant de la qualité hospitalière en Afrique francophone.

Cette ambition s’appuie sur une conviction forte : l’avenir de l’hôpital africain doit se construire à partir des réalités africaines, de ses contraintes, mais aussi de ses forces. « Notre but n’est pas de copier l’Europe, conclut le Pr Dieu-Donné Gnonlonfoun, mais de bâtir un modèle africain crédible, exigeant et durable. L’hôpital africain doit être sûr, digne et connecté. »

Soutenu par Expertise France à travers le PRPH4, le RESHAOC s’impose ainsi comme un levier concret de souveraineté sanitaire et un espace francophone de coopération entre pairs, au service d’une même exigence : la qualité des soins pour tous.